La fête du cheval de levens
Au petit matin, le pré de Levens s’éveille lentement, encore enveloppé d’une fraîcheur qui accroche l’herbe et fait frissonner les premiers visiteurs. Mais déjà, derrière les barrières fraîchement installées, les chevaux piaffent, renâclent, s’appellent. Le village sait que la journée sera animée : c’est la fête du cheval, un rendez-vous incontournable qui rassemble passionnés, familles et curieux venus de toute la vallée.
À mesure que le soleil grimpe, le pré se transforme en véritable scène à ciel ouvert. Les cavaliers s’échauffent, les selles brillent, les crinières sont soigneusement nattées. On entend les sabots frapper le sol, un bruit sourd et régulier qui donne le tempo de la journée.
Le premier numéro attire immédiatement la foule. Un jeune cavalier entre en piste, suivi d’un cheval bai qui avance avec une élégance presque théâtrale. Le silence se fait, puis les applaudissements éclatent lorsque l’animal exécute une série de figures impeccables. Plus tard, ce sont les démonstrations de travail en liberté qui captivent le public : un simple geste, un souffle, et le cheval répond, tourne, s’arrête, repart. La complicité entre l’homme et l’animal fascine autant qu’elle émeut.
Autour du pré, la fête bat son plein. Les stands de producteurs locaux embaument le fromage, le miel et les herbes de montagne. Les enfants se pressent pour caresser les poneys, pendant que les anciens racontent, avec une pointe de nostalgie, le temps où les chevaux accompagnaient chaque tâche du quotidien. « Ici, on ne célèbre pas seulement l’animal, on célèbre une histoire », glisse un habitant, les yeux rivés sur la piste.
L’après-midi apporte son lot de défis : épreuves de maniabilité, démonstrations de maréchalerie, présentation des races. Les chevaux, parfois fougueux, parfois d’une douceur surprenante, montrent toute l’étendue de leurs capacités. Le public, massé contre les barrières, encourage, s’émerveille, photographie chaque instant.
Lorsque le soleil commence à décliner derrière les collines, une lumière dorée enveloppe le pré. Les derniers cavaliers saluent, les chevaux regagnent leurs enclos, et les visiteurs s’attardent encore un peu, comme pour prolonger la magie. La fête du cheval à Levens s’achève, mais elle laisse derrière elle cette sensation rare d’avoir partagé un moment authentique, profondément ancré dans l’identité du village.
Sur le pré désormais calme, il ne reste que quelques traces de sabots dans la terre. Elles racontent, mieux que n’importe quel discours, la beauté d’une journée où l’homme et le cheval ont vibré à l’unisson.
Texte & Photos © Fred Massa